Notre appel

Un nouveau souffle pour l'Europe
par le groupe Euro2030

L'Europe n’est pas à la hauteur de ses promesses, alors qu’elle est le bon niveau pour agir dans de nombreux domaines ! Tel est le message que nous, jeunes professionnels des affaires européennes de divers pays, souhaitons faire passer à travers une série de propositions qui nous paraissent incontournables pour redonner sens au projet européen. Une autre voie est possible et, contrairement à une opinion répandue, le débat existe au sein de la « machine » européenne, l'envie de changement aussi.

L’euro, dont les enquêtes d’opinion montrent qu’il est devenu le principal pilier de l’identité européenne dans les Etats qui l’ont adopté, a suscité une attente considérable. Pourtant, force est de constater que les modes de prises de décisions ne sont plus en phase avec cette attente et continuent trop souvent de relever de la négociation diplomatique entre Etats plutôt que du débat et de la responsabilité démocratique devant les citoyens.

Un cercle vicieux s'est ainsi installé entre un déficit exécutif empêchant l'Europe d'agir et un déficit démocratique qui produit chaque jour plus de rejet et de tension. L’intégration européenne risque de ne plus être soutenue par les peuples, appauvris et tentés par le repli national, voire nationaliste. Cent ans après les atrocités de la grande guerre, ce serait un terrible gâchis. Il s’agit donc de repenser le contrat social européen pour qu’il soit à la hauteur du choix politique de l’euro en concrétisant la responsabilité et la solidarité qu’il implique.

Changer l'Europe c'est avant tout reconstruire un projet politique lisible et ambitieux.

Prolongeant et approfondissant les travaux du groupe allemand Glienicker et du groupe français Eiffel, nous présentons 50 propositions à l’intention des citoyens et des décideurs politiques, nationaux ou européens. Nous faisons le choix délibéré d'une liste de propositions, car nous croyons qu'aux déclarations d'intention politiques, il s'agit maintenant d'adosser des propositions concrètes. Nous pensons qu'un changement de traité est inéluctable car les institutions et certaines politiques ont besoin d'être reformées en profondeur. Mais tout n’en dépend pas et nous pouvons commencer à avancer à traité constant.

De notre point de vue, l’Europe souffre aujourd’hui de l’entre-deux dans lequel elle est maintenue : deux visions s'affrontent entre ceux qui voient en l'Europe un grand marché et ceux pour qui l’Europe est avant tout un projet politique dont l’euro est le symbole le plus fort. Une clarification s'impose.

Aux intellectuels qui prônent aujourd'hui la sortie de l'euro comme solution pour sauver les nations européennes, nous répondons avec force que c’est au contraire une Union de l'euro qui est à même de préserver la souveraineté européenne. Mais il faut s'en donner les moyens institutionnels, économiques et politiques.

Ce choix existe, il doit devenir une proposition politique. C'est notre message, c'est le sens de notre démarche.

La Commission doit devenir le véritable exécutif de l’UE dont les décisions seraient contrôlées et adoptées par deux chambres législatives : un Parlement européen aux prérogatives renforcées et un Conseil de l’UE réunissant les représentants des exécutifs nationaux au sein d’une chambre haute. Le Président de la Commission deviendrait ainsi le chef d’un gouvernement, tandis que le Président du Conseil européen deviendrait le Président de l'UE, avec un rôle d'autorité morale et de garant des respects des valeurs communes. L’Union de l’euro disposerait quant à elle d’un Ministre des finances et d’une commission dédiée au sein du Parlement Européen autour d'un principe clé: à décision européenne, contrôle démocratique européen.

Par ailleurs, l’Union de l’euro doit pouvoir stabiliser son économie et investir dans son avenir, autour d'un cadre de croissance commun. Il s’agit d’abord de confier à un Fonds Monétaire Européen, comptable devant les deux chambres, les responsabilités actuellement assumées par le Mécanisme européen de stabilité et par la Troïka. Ensuite, un actif financier commun à la zone euro pourrait être créé pour faciliter l’action de la banque centrale, tandis qu’un budget de l’Union de l’euro - alimenté par des ressources propres et une capacité d'emprunt sur les marchés - permettrait de financer une capacité d’investissement commune. Nous prônons, en outre, l’adoption d’orientations générales du Conseil demandant à la BCE de neutraliser les interventions de change des banques centrales de pays tiers visant à déprécier artificiellement leurs monnaies vis-à-vis de l’euro.

Il est aussi temps de remettre la solidarité entre les peuples au centre du projet européen. Nous appelons notamment à la création d’un contrat de travail européen, en tant que 29ème régime à côté des 28 régimes nationaux existants. Y seraient associées la portabilité de droits sociaux et surtout une caisse d’assurance chômage européenne. Ce contrat de travail serait offert dans tous les Etats participants à l’issue d’une négociation entre partenaires sociaux européens pour définir des éléments de flexi-sécurité communs, les autres éléments étant laissés à la discrétion des négociations nationales ou locales.

Nous souhaitons enfin avancer sur des sujets, certes sensibles car proches de la souveraineté nationale, mais qui requièrent désormais une intervention au niveau européen. Pour n’en citer que quelques uns : la création d’un Parquet financier européen pour lutter contre les fraudes, la criminalité financière et la corruption, ou encore des avancées en matière d'union fiscale (impôt sur les sociétés européen, numéro fiscal européen, échange automatique des données, mesures contre l'optimisation fiscale déloyale) et de l’Europe de l’Energie dont les événements récents ont relancé la nécessité.

Ce ne sont là que quelques-unes de nos propositions.

Certains nous opposeront un principe de réalité politique considérant impossible toute avancée majeure, à un moment où l'Europe ne fait soit-disant pas gagner les élections. Nous ne nions pas les difficultés politiques que de tels choix impliquent. Cependant, le débat sur le futur de l'Europe doit s'engager et les candidats aux postes à responsabilité au niveau européen doivent se positionner clairement.

La campagne pour les élections européennes est l'occasion de faire avancer l'Europe. Saisissons-la !